Avec près de 53 000 nouveaux cas annuels et environ 9 000 décès par an, le cancer de la prostate est, chez l’homme, le premier cancer en termes d’incidence et le troisième en termes de mortalité. C’est donc un sujet qui mérite attention, même si son évolution, dans la majorité des cas, est lente et localisée.
La prostate est une petite glande qui joue un rôle dans la production du sperme. Avec l’âge, son fonctionnement peut évoluer, et le risque de développer un cancer augmente significativement à partir de 50 ans. Certains profils présentent un risque plus élevé : les antécédents familiaux chez des parents du premier degré (père, frère), une origine africaine ou encore une exposition à certains agents chimiques sont des facteurs identifiés dans la littérature scientifique.
L’une des particularités de ce cancer, c’est qu’il peut évoluer sans provoquer de symptômes pendant de longues années. Dans la plupart des cas, le cancer de la prostate évolue lentement, le plus souvent sans symptômes. Des troubles urinaires (envie fréquente d’uriner, jet faible, difficultés à uriner) peuvent apparaître, mais ils ne signifient pas nécessairement un cancer : d’autres affections bénignes de la prostate peuvent en être responsables. Dans tous les cas, ces signes méritent d’être signalés à un médecin.
Le PSA : un test à discuter, pas à décider seul
La question du dépistage du cancer de la prostate revient souvent dans les conversations. Il existe un test sanguin, le PSA (antigène spécifique de la prostate), qui mesure la concentration d’une protéine produite par la glande. Un taux élevé peut indiquer une anomalie, mais pas nécessairement un cancer.
La mise en place d’un dépistage systématique du cancer de la prostate n’est actuellement pas recommandée par la Haute Autorité de santé, et aucun pays n’a instauré un tel programme. De grandes études internationales ont montré un niveau important de surdiagnostic (cancer qui ne se serait jamais révélé du vivant de la personne) de l’ordre de 30 %. Ces surdiagnostics peuvent conduire à des examens complémentaires et des traitements inutiles, avec leurs propres effets indésirables.
Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas en parler avec son médecin, bien au contraire. La HAS insiste sur l’importance de l’information à apporter aux hommes envisageant la réalisation d’un dépistage individuel du cancer de la prostate, afin qu’ils puissent faire leur choix en connaissance de cause. En particulier pour les hommes présentant des facteurs de risque, une discussion ouverte avec son généraliste reste la meilleure approche.
En France, l’incidence des tumeurs du testicule s’élève à environ 2 500 nouveaux cas annuels. C’est un cancer peu fréquent, mais qui présente une particularité importante : il touche en moyenne 2 800 hommes par an, et surtout des hommes jeunes, de 15 à 45 ans. La bonne nouvelle : même dans les stades avancés, le taux de guérison reste supérieur à 90 % grâce aux protocoles modernes.
Le principal signe à surveiller est la présence d’une masse sur un testicule. Généralement, on retrouve une petite masse dure au niveau d’un des testicules. Parfois, dans les symptômes, on peut retrouver des petites douleurs, une petite gêne, ou une masse abdominale. Un gonflement, une sensation de lourdeur ou de pesanteur dans le scrotum doivent également alerter, même en l’absence de douleur franche.
Ces symptômes ne sont pas spécifiques d’un cancer du testicule, car d’autres pathologies peuvent être à l’origine de ces signes. Il est donc important de consulter un médecin en présence de ces symptômes. L’autopalpation régulière reste le réflexe le plus simple pour détecter une anomalie tôt.
Le cancer du pénis est peu fréquent, et concerne principalement les hommes de plus de 60 ans. Il peut se manifester par des changements visibles : une plaie qui ne cicatrise pas normalement, une modification persistante de l’aspect de la peau, l’apparition d’une grosseur, ou un saignement sans cause apparente. Là aussi, ces signes ne désignent pas systématiquement un cancer, car d’autres affections cutanées peuvent produire des symptômes similaires, mais ils justifient une consultation sans attendre.
On associe souvent les papillomavirus humains (HPV) aux femmes et au cancer du col de l’utérus. Pourtant, ces virus peuvent également provoquer des cancers chez l’homme. Près d’un tiers des cancers dus aux HPV touche les hommes : oropharynx, cancers de l’anus, cavité orale, larynx et pénis.
En France, la vaccination anti-HPV est recommandée chez les garçons du même âge que les filles, soit entre 11 et 14 ans, depuis 2021. Vacciner les garçons les protège directement contre les cancers et verrues de la sphère ano-génitale, pour lesquels l’efficacité du vaccin est établie. Le préservatif réduit le risque de transmission des HPV, mais ne protège pas complètement. Si vous avez des questions sur la vaccination d’un enfant ou d’un adolescent de votre entourage, votre médecin ou pharmacien peut vous orienter.
Les hommes sont également concernés par des cancers non spécifiquement masculins, mais particulièrement fréquents chez eux. Le cancer du poumon reste l’un des plus meurtriers, étroitement lié au tabac. Le cancer colorectal, lui, bénéficie d’un programme de dépistage organisé : les hommes entre 50 et 74 ans sont invités à réaliser un test de dépistage tous les deux ans. Participer à ce dépistage est un geste simple, indolore, et réalisable à domicile.
Aucune habitude de vie ne garantit à elle seule de ne pas développer un cancer. Mais certains comportements contribuent à en réduire le risque : ne pas fumer, limiter sa consommation d’alcool, pratiquer une activité physique régulière et adopter une alimentation variée et équilibrée sont des facteurs favorables à la prévention de plusieurs types de cancers.
Signaler ses antécédents familiaux à son médecin est aussi important : un contexte familial particulier peut justifier un suivi plus attentif ou une discussion plus approfondie sur le dépistage.
Les cancers masculins souffrent souvent d’un double tabou : celui de la santé en général, et celui de tout ce qui touche à la sphère intime. Pourtant, être attentif aux changements de son corps et en parler à son médecin sans attendre d’avoir mal sont les deux réflexes les plus utiles. La plupart des signes évoqués dans cet article ont d’autres explications que le cancer, mais seul un avis médical permet de le confirmer. Et c’est précisément pour ça qu’il vaut mieux ne pas attendre.